Logo de Make, acteur de l’IA

Il suffit de se balader cinq minutes sur LinkedIn ou YouTube pour tomber sur la dernière prophétie des évangélistes de la tech : « Comment j’ai automatisé 100 % de mon entreprise grâce à Make et l’intelligence artificielle ! » À entendre ces discours, le combo entre la plateforme d’automatisation (anciennement Integromat) et les modèles de langage comme GPT-4 relèverait de la magie pure. En quelques glisser-déposer et deux requêtes bien envoyées, les entreprises se retrouveraient débarrassées des tâches ingrates, prêtes à encaisser des revenus passifs au soleil.

La réalité, évidemment, ressemble beaucoup plus à un cauchemar d’ingénierie qu’à un miracle de productivité.

L’illusion du No-Code : une usine à gaz visuelle

Make se vend comme une alternative accessible aux non-développeurs. Mais sous ses airs de canevas ludique rempli de paillettes lumineuses et de petits modules qui clignotent, la plateforme cache une complexité absurde. Ce que le marketing présente comme du « No-Code » se transforme très vite en un plat de nouilles visuel.

Créer un scénario simple relève du parcours du combattant :

  • Gestion des erreurs : quasi inexistante par défaut.
  • Complexité de la donnée : manipulation manuelle pénible des objets JSON, tableaux et collections.
  • Logique interne : expressions d’une lourdeur d’un autre âge.

Là où trois lignes de code Python régleraient le problème proprement, Make oblige à empiler douze modules, quatre filtres et trois itérateurs. Résultat ? Au lieu de coder, les équipes passent leurs journées à débugger des nœuds visuels imbitables.

Injecter de l’IA : brancher un moteur de fusée sur une charrette

L’intégration de l’IA dans Make constitue le sommet de la mascarade. Les promesses de flux de travail intelligents débouchent en pratique sur un cockpit sans visibilité branché sur un générateur d’aléatoire.

Les modèles de langage (LLM) restent par nature déterministes à géométrie variable : ils hallucinent, changent de format de réponse sans prévenir et manquent parfois les instructions les plus basiques. Injecter cette imprévisibilité au cœur de scénarios Make — par définition rigides et exigeants sur la structure des données — s’avère être une recette garantie pour le désastre.

  • Jour 1 : le flux résume parfaitement un e-mail et l’envoie dans Slack.
  • Jour 2 : l’IA ajoute un guillemet de trop ou répond en espagnol, faisant sauter le module suivant et planter toute la chaîne.

Il ne faut pas compter sur Make pour alerter les utilisateurs avec clarté : le crash se découvre quand les clients se plaignent ou quand les opérations restent à l’arrêt depuis 48 heures.

La facture salée de l’automatisation en kit

Sur le plan financier, le modèle économique de Make repose entièrement sur le nombre d’« opérations ». Chaque activation de bulle génère un coût. Dès que l’IA entre en jeu, le volume d’opérations explose : validation des réponses, re-parsing, tentatives multiples en cas d’erreur, découpage des textes en morceaux. Le forfait gratuit ou d’entrée de gamme fond comme neige au soleil en une après-midi de tests.

À cela s’ajoute la facture de l’API d’OpenAI ou d’Anthropic qui tourne en arrière-plan. La solution présumée « économique » finit par coûter plus cher qu’un abonnement à un logiciel SaaS dédié et éprouvé, ou que l’intervention d’un profil technique qualifié.

Maintenance perpétuelle et souveraineté bradée

Le piège ultime du duo Make + IA réside dans l’illusion du « set it and forget it » (installez et oubliez). Un scénario Make ne demeure jamais stable. Une mise à jour d’API tierce, un changement de modèle chez OpenAI ou une modification de structure dans Google Sheets suffisent à tout faire effondrer. L’utilisateur ne devient pas un entrepreneur libéré du temps de travail, mais le mécanicien à plein temps d’une tuyauterie fragile qui fuit de tous les côtés.

S’ajoute enfin la question stratégique : confier l’intégralité des données d’entreprise, des e-mails et des processus clients à une chaîne de dépendances obscurcie par des tiers pose un risque majeur en matière de sécurité et de conformité RGPD.

Verdict sur l’automatisation Make et IA

Make et l’IA ne sont pas des outils inutiles, mais leur commercialisation relève souvent d’une surpromesse marketing. L’assemblage bricolé de modules Make et d’invites de commande IA ne remplacera jamais une architecture logicielle propre ou une vraie stratégie d’entreprise. Pour quelques tâches isolées, la solution convient. Pour bâtir le cœur opérationnel d’une activité, c’est l’assurance de construire un château de cartes au-dessus d’un volcan.

Cet article est rédigé par Blaise Grenier, Journaliste reporter d'images et auteur. Découvrir le parcours de l'auteur et la charte éditoriale »