Le vrai prix des prompts
Avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA), la consommation d’eau et de ressources énergétiques par les centres de données s’est considérablement accrue. Selon un rapport de l’ONU, les centres de données ont consommé 4,5 trilliens de litres d’eau en 2025, soit suffisant pour satisfaire aux besoins de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne. Cette tendance est prévue pour doubler d’ici 2030. Autant dire que cette situation n’est pas durable.
Rhetorique de l’immatérialité
Depuis plusieurs années, l’industrie de l’IA a joué sur la rhétorique de l’immatérialité, présentant l’IA comme une solution miracle sans considérer les ressources réelles et physiques qui la soutiennent. Comme le philosophe Marcello Vitali-Rosati l’a souligné dans son ouvrage “In Praise of Bugs”, cette rhétorique permet de masquer la véritable valeur et la signification des choses, laissant une minorité exploiter ce qui reste invisible. L’image du “cloud” est un bon exemple : il suggère que les données produites disparaissent comme de la fumée, alors qu’elles accumulent réellement dans des data centers tangibles. Les entrepreneurs de l’IA ont exploité cette idée en promettant des miracles aux utilisateurs, éveillant à la fois leur admiration et leur anxiété.
Exemple de “cloud” et des coûts cachés
Par exemple, une direction d’AMD a noté une régression dans les réponses de Claude, l’assistant IA, en raison des coûts de calcul exponentiels. Cette observation a été débattue, mais elle a révélé un nouveau type de tension. Pourrait-il s’agir du début de la fin de l’ère des promesses d’AI gratuites et infinies ?
Coûts croissants et tokenwar
A mesure que la consommation d’eau, d’électricité et des minéraux nécessaires à la production numérique s’accroit, les coûts liés à l’IA deviennent de plus en plus élevés. Les entreprises, qui pourraient espérer des réductions de coûts grâce à l’IA, se retrouvent peut-être face à des coûts plus élevés à cause des coûts excessifs des tokens. Un responsable d’Uber a reconnu que son entreprise avait épuisé son budget de tokens en trois mois, soulignant la nécessité de maximiser le nombre de tokens pour augmenter la productivité.
Le tokenwar et l’adulte de l’AI
Si l’ère des promesses infinies de l’IA touche peut-être à sa fin, nous entrons peut-être dans une nouvelle ère - celle de l’AI adulte, marquée par des capacités limitées. Cette phase nécessitera que les individus, les entreprises et les gouvernements identifient les besoins qui justifient ces coûts considérables. La guerre des tokens est loin d’être terminée.
Économie de la finitude
L’AI nous amène à reconsidérer notre relation avec le monde physique. L’économie de la finitude, comme l’a montré l’économiste Arnaud Orain, se caractérise par la recherche de ressources dans un monde limité et restreint. Or, nous entrons précisément dans une telle phase. Les choix stratégiques entourant l’IA, profondément ancrés dans les chaînes de valeur matérielles et les économies réelles des pays impliqués, transforment notre relation naïve avec cette technologie.
Cet article est rédigé par Blaise Grenier, Journaliste reporter d'images et auteur. Découvrir le parcours de l'auteur et la charte éditoriale »